Stylo ou clavier, votre cerveau a choisi

C’est la fin de la journée. Ce fut une avalanche d’emails, trois réunions, un compte-rendu de comité de pilotage à lire, des risques à évaluer, et une demande de changement à analyser.

Dans ce flux constant d’information, notre cerveau doit faire un tri : qu’est-ce qui est critique ? Qu’est-ce qui peut attendre ? Qu’est-ce qui mérite d’être retenu ?

Pour nous aider, je vous partage ce que la neuroscience nous révèle sur l’écriture manuscrite versus la dactylographie. Et je vous promets une chose : à la fin de cet article, vous saurez exactement comment l’écriture à la main peut devenir votre arme secrète pour mieux synthétiser, mémoriser et décider face à la surcharge informationnelle.

Pourquoi cette question est-elle importante ?

Nous sommes des hubs d’information. Chaque jour, nous devons absorber des spécificités techniques, comprendre les enjeux d’un risque, traiter les décisions d’un comité de pilotage, et synthétiser tout ça pour les parties prenantes.

On ne nous a pas appris à gérer notre cerveau face à cette surcharge. Alors, beaucoup ont fait le même choix inconscient : tout taper. Notes de réunion sur le laptop, comptes-rendus dans Teams, capture d’idées sur le téléphone. C’est rapide, c’est efficace, c’est moderne.

Mais des études neuroscientifiques récentes révèlent un élément intéressant. L’intégralité du cerveau s’active pendant l’écriture manuscrite, alors que seules certaines zones s’allument pendant la dactylographie. C’est un peu comme si vous compariez un orchestre symphonique à un solo de triangle (Je caricature un peu…) .

Si vous devez comprendre, synthétiser et retenir des dizaines d’informations critiques chaque jour, cette différence change tout.

Alors, qu’est-ce qui se passe exactement dans votre tête quand vous prenez des notes ?

L’écriture manuscrite et la dactylographie activent des réseaux neuronaux fondamentalement différents. Cette différence impacte directement votre capacité à synthétiser l’information.

Quand vous écrivez à la main, vous engagez simultanément les zones qui contrôlent le mouvement, celles qui gèrent la coordination, qui traite le langage, et celles qui coordonnent le tout. C’est un véritable feu d’artifice neuronal.

L’écriture manuscrite crée ce que les scientifiques appellent un « effet d’encodage ». Chaque fois que vous tracez une lettre, votre cerveau reçoit un feedback sensoriel unique. C’est ce qu’on appelle la « perception haptique » – un mix de toucher et de mouvement.

Résultat ? Votre cerveau encode l’information plus profondément. Pas seulement dans votre mémoire à court terme, mais dans votre compréhension. C’est comme si vous graviez dans la pierre plutôt que d’écrire dans le sable.

Par exemple, quand votre sponsor change le périmètre en pleine réunion, écrire à la main vous force à comprendre ce changement pour pouvoir le noter. Vous ne transcrivez pas ses mots, vous capturez son intention.

À l’inverse, quand vous tapez sur un clavier, vous activez principalement vos circuits moteurs répétitifs. Le même geste pour chaque touche. Vous pouvez taper sans vraiment comprendre. Vos doigts avancent plus vite que votre cerveau.

Une étude l’a prouvé : des étudiants qui prenaient des notes manuscrites retenaient mieux les concepts que ceux qui tapaient. Pourquoi ? Parce que la lenteur de l’écriture force à paraphraser activement plutôt qu’à transcrire passivement.

Pour un chef de projet qui doit sortir d’une réunion avec les 3 décisions clés, pas les 30 détails, cette différence est cruciale. L’écriture manuscrite vous force à faire le tri en temps réel.

Alors, comment utiliser cette découverte dans votre quotidien ?

Règle n°1 : Le carnet manuscrit pour les réunions stratégiques.

Comité de pilotage, revue de projet, brainstorming d’équipe : sortez votre carnet.

Bien sûr, vous ne pourrez pas tout noter. Et c’est exactement le but. En écrivant à la main, vous êtes obligé de faire le tri en direct. Vous capturez l’essentiel, pas le verbatim.

Résultat ? Vous sortez de la réunion avec les décisions clés déjà synthétisées dans votre tête. Pas besoin de relire 10 pages de notes le lendemain pour comprendre ce qui s’est passé.

Règle n°2 : Manuscrit pour analyser, clavier pour documenter

Vous devez évaluer un risque ? Analyser un changement de périmètre ? Préparer un arbitrage ? Commencez au stylo. Prenez une feuille blanche. Listez les pour et les contre. Dessinez un schéma des dépendances. Griffonnez vos questions. Le geste de l’écriture ralentit votre pensée – dans le bon sens. Il vous donne le temps de vraiment comprendre le problème avant de décider. Ensuite, une fois votre analyse faite, passez au clavier pour documenter votre décision, mettre à jour le registre des risques, ou rédiger votre email au sponsor.

Règle n°3 : Le rituel du « cahier de bord projet »

Tenez un petit cahier de bord manuscrit pour chaque projet majeur.

Pas pour tout documenter – vous avez déjà vos outils pour ça. Mais pour capturer les décisions qui font basculer le projet, les conversations de couloir qui changent tout, vos intuitions sur ce qui peut dérailler, les leçons apprises à chaud, etc. Ces notes manuscrites deviennent votre « mémoire vive » du projet. Celle que vous pouvez consulter en 30 secondes avant une réunion critique, celle qui vous aide à raconter l’histoire du projet six mois plus tard.

Règle n°4 : Post-its pour les ateliers d’équipe

Si vous voulez que votre équipe retienne vraiment les priorités, les critères d’un arbitrage, ou les actions d’une rétrospective, faites-les écrire à la main. Post-its sur un mur, cartes sur une table, peu importe. Le simple fait d’écrire activera ce réseau neuronal étendu qui transforme l’information en compréhension partagée.

Que faire dès aujourd’hui ?

Voici votre défi pour cette semaine : le test du carnet stratégique.

Identifiez votre prochaine réunion critique. Celle où vous devez vraiment comprendre et en retenir les informations clés. Pour cette réunion uniquement, laissez votre laptop fermé. Prenez un carnet et un stylo. Pas besoin d’acheter un carnet hors de prix. Un simple cahier fera l’affaire. L’important, c’est le geste. Puis, observez deux choses :

– Pendant la réunion : Votre niveau de compréhension en temps réel. Est-ce que vous saisissez mieux les enjeux ? Est-ce que vous posez de meilleures questions ?

– 48 heures après : Votre capacité à restituer les décisions clés sans relire vos notes. Comparez avec une réunion similaire où vous aviez tapé.

Je vous parie que vous allez être surpris. Pas juste par ce que vous retenez, mais par la qualité de votre synthèse. Les éléments vraiment critiques pour votre projet vont ressortir naturellement.

Pour résumer

Votre cerveau n’est pas neutre face au stylo ou au clavier. L’écriture manuscrite active un orchestre neuronal complet, améliore votre mémoire et approfondit votre réflexion. Le clavier, lui, est votre allié pour la vitesse et l’efficacité de production.

Les deux ont leur place. L’astuce, c’est de savoir quand utiliser l’un ou l’autre.

Référence : Marano G, Kotzalidis GD, Lisci FM, Anesini MB, Rossi S, Barbonetti S, Cangini A, Ronsisvalle A, Artuso L, Falsini C, Caso R, Mandracchia G, Brisi C, Traversi G, Mazza O, Pola R, Sani G, Mercuri EM, Gaetani E, Mazza M. The Neuroscience Behind Writing: Handwriting vs. Typing-Who Wins the Battle? Life (Basel). 2025 Feb 22;15(3):345.