Débloquez votre cerveau : l’art de challenger ses idées avec un pair

Il peut arriver que, face à un problème ou besoin de prendre une décision, on hésite. Soit parce qu’il y a plusieurs réponses ou solutions qui paraissent équivalentes, soit que notre cerveau part dans tous les sens, une minute convaincu que cette solution est la bonne, la minute suivante convaincu qu’une autre solution est la meilleure. A force d’être le nez dans le guidon, on en perd la capacité de réflexion et on loupe potentiellement des angles morts.

Pour faire face à cette situation, il y a plusieurs manières de réagir. On peut par exemple laisser passer un peu de temps. Quand j’ai une décision importante à prendre, je me force à attendre au-moins une nuit. J’ai constaté que cela me permet de laisser infuser la réflexion et évite de prendre des décisions hâtives et du coup pas toujours les plus judicieuses. Mais ce peut ne pas être suffisant ou adapté. Je voulais donc vous parler aujourd’hui de l’intérêt à challenger sa réflexion avec un ou une pair-e.

Pourquoi cela change tout

L’idée est d’avoir un débat créatif. Un bon challenge, c’est un frottement qui produit de la lumière, pas de la chaleur. On recherche ici la friction utile, celle qui met le doigt là où ça fait mal, pour mieux voir.

Le ou la pair-e vous posera les questions que vous ne vous posez pas et/ou vous aidera à les reformuler. Il identifiera des risques, des hypothèses non testées ou des lacunes dans votre raisonnement que vous n’aviez pas peut être pas remarqués jusqu’à présent. Il vous aidera également à prendre de la distance par rapport à votre travail, à remettre en question les évidences, et à ne pas tomber dans l’excès de confiance. La confrontation des points de vue est un puissant moteur de créativité et d’idéation. Le défi peut clairement ouvrir de nouvelles pistes.

Une fois qu’on a dit ça, comment s’y prendre ?

Choisir la bonne personne

Il faut quelqu’un qui va être curieux, bienveillant, franc. Il ne faut pas obligatoirement un ou une expert-e. Il m’est arrivé de partager mes réflexions avec une ou un stagiaire ou collègue débutant. Ceci a deux intérêts :

  • Si vous arrivez à lui expliciter de manière simple et compréhensible votre réflexion, c’est qu’elle est claire dans votre tête.
  • Ensuite, leur approche “naïve” (Qui est ingénu, confiant et simple par inexpérience ou par nature, larousse.fr) fait qu’ils vous posent des questions parfois très basiques mais qui sont finalement très utiles pour faire avancer votre réflexion.

Le fait aussi de simplement verbaliser votre réflexion à une autre personne permet de débloquer un point sur lequel vous trébuchez depuis un moment.

Ce ne doit pas être non plus obligatoirement une personne de votre métier ou de votre spécialité. Le pair peut avoir une expertise, des expériences ou des connaissances différentes des vôtres. Une personne telle que cela va permettre de casser vos biais de domaine. Va vous obligez à sortir de votre boite (out of the box). Cela peut mener à des solutions plus complètes et innovantes.

Le rôle du de la pair-e n’est pas de trancher pour vous, mais de vous éclairer. Ce doit être un catalyseur de clarté, pas un arbitre. Un pair apporte une perspective fraîche et neutre. C’est un regard extérieur qui va casser la bulle dans laquelle vous êtes bloqué. Il ou elle ramène de l’oxygène cognitif.

Une fois que vous avez trouvé la personne idéale, solliciter là en lui expliquant pourquoi et planifier une discussion de 15 -20 minutes. Ça peut paraître court mais vous verrez plus loin pourquoi le fait de mettre une contrainte de temps peut être utile.

Un brief en 120 secondes

Prenez une feuille de papier, pas un ordinateur. Le fait d’écrire à la main plutôt que de taper sur un clavier génère un fonctionnement différent dans votre cerveau, plus propice à la réflexion.

Rédigez une phrase expliquant le contexte de votre réflexion.

Formuler votre problème précis à résoudre en quelques phrases.

Préciser si la décision à prendre et pour quand.

Noter vos éventuelles 2 à 3 hypothèses principales et les éléments clés qui les sous-tendent.

Enfin, formuler votre ou vos questions au pair.

Le tout devra durer maximum 120 secondes. Soyez clair et concis. Si le pair à besoin de plus d’infos pour comprendre votre situation, il vous les demandera. Au plus vous en dites, au plus vous amènerez le pair à entrer dans votre réflexion propre et limiterai potentiellement la sienne. Laisser le venir.

La discussion

Vient le moment de la discussion. Rappeler pourquoi vous êtes là. “On a 20 minutes. Mon but : clarifier X pour décider Y.”

Faire votre brief en 120 secondes et terminant par votre ou vos question-s, ce qui lancera la discussion.

Au cours de celle-ci : Solliciter explicitement des contre-arguments : “Qu’est-ce que j’ignore ? Qu’est-ce qui pourrait se planter ?”; Chercher des risques : “Qu’est-ce qui te paraît le plus risqué ou flou ici ?”⁠. “A ton avis, si ça rate, par où ça va casser ?”.

Accueillez positivement les éventuels commentaires très critiques qui pourraient sortir. La solution nait de la confrontation constructive. Rappeler vous que vous avez solliciter le pair précisément pour qu’il ou elle vous défie sur votre réflexion. A ce sujet, si vous voulez un éclairage stimulant sur le désaccord fécond, je vous recommande vivement de regarder la conférence TEDx “Dare to disagree” de Margaret Heffernan.⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠ Je ne m’en lasse pas.

Mais revenons à notre discussion. Attention à quelques pièges à éviter :

  • Chercher à conforter votre point de vue plutôt que de chercher un challenge : si la personne dit “oui” trop vite, vous n’avez rien gagné.
  • Débat sans ancrage : pas de problème, pas de décision, pas d’hypothèses… pas d’apprentissage.
  • Trop long : au‑delà de 15 minutes, on glisse vers la réunion et il risque d’y avoir redondance de sujets discutés. Gardez la contrainte de temps pour forcer la clarté.
  • Confondre “ressenti” et “caprice”: vous pouvez intégrer le feeling, mais toujours relié à des éléments concrets et objectifs. ⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠

Garder un oeil sur l’horloge. Le fait d’avoir un temps limité, oblige à aller à l’essentiel et d’être synthétique. Cela évite aussi les dérives vers des sujets ou discussions qui ne concernent pas directement le sujet du jour.

Avancer progressivement vers des éléments de solution : “Est-ce qu’une hypothèse te parait à préférer ?”⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠⁠, “Par où commencer ?”. Assez souvent, vous vous surprendrez à trouver vous-même des solutions auxquelles vous n’aurez pas penser avant. C’est toute la magie de cet exercice.

Décidez du tout petit prochain pas et expliquez au pair pourquoi vous aller faire comme cela. Ceci pas pour qu’il valide votre décision, ce n’est pas son rôle, mais pour reformuler et expliciter clairement votre réflexion à ce stade et parce que cela permet au pair de comprendre comment il a pu vous être utile. N’oublier qu’il ou elle prend de son temps pour vous rendre service. Se rendre compte de vous avoir été utile est une grande satisfaction.

Écrivez tout cela immédiatement car avec le temps, le cerveau filtre les infos et vous risquez de perdre des éléments clés de votre réflexion.

Clôturer la discussion en remerciant vivement la personne et en planifiant un micro-suivi 2 ou 3 jours plus tard. La nuit porte conseil. Des questions complémentaires pourraient survenir dans les heures ou jours qui suivent la discussion.

En conclusion

Challenger votre idée avec un pair, c’est un antidote aux angles morts et à la paralysie de votre analyse. En quelques minutes, vous transformez un blocage en apprentissage. C’est également une opportunité d’apprentissage mutuel où chacun transmet et reçoit des informations. Cela permet aussi de tisser des liens et de la confiance entre collègues.

Et de votre côté, comment faites-vous quand vous êtes bloqué dans votre réflexion. Je serais très intéressé de le savoir. Dites-moi en commentaires. Dites-moi aussi s’il y a des sujets que vous voudriez voir traité.

N’hésitez pas à partager cet épisode avec d’autres personnes qui peuvent être intéressées. Pyxida c’est un nouvel épisode tous les lundis à 7h00. A la semaine prochaine et d’ici là portez-vous bien !